Nouveau BPJEPS NAA et SSA : le point de vue de la FFMNS

La réforme de la formation des maîtres-nageurs sauveteurs est engagée avec la création du nouveau BPJEPS « Natation et Activités Aquatiques » (NAA) et l’évolution du SSA.

La FFMNS (Fédération Française des Maîtres-Nageurs Sauveteurs) souhaite saluer certaines avancées, tout en faisant part de plusieurs points de vigilance.

Des évolutions positives :

  • Le PSE2 devient obligatoire

C’est une évolution que la FFMNS considère comme positive. Le PSE2 sera désormais obligatoire pour entrer en formation BPJEPS NAA. Le futur maître-nageur sauveteur disposera donc d’un niveau de secourisme plus important dès son entrée en formation. Pour la FFMNS, c’est cohérent avec les responsabilités du métier : un MNS doit être capable de prévenir, d’intervenir, de prendre en charge une victime et de ne pas travailler seul face à une situation d’urgence.

  • Un SSA qui renforce les compétences

Le nouveau SSA apporte également des évolutions intéressantes. La formation renforce notamment les compétences en :

  • prévention des accidents ;
  • sécurité et surveillance ;
  • hygiène ;
  • analyse des risques ;
  • gestion des situations conflictuelles.

La reconnaissance des compétences des formateurs SSA constitue également une avancée pour la professionnalisation de la formation.

Mais une question importante : combien de temps pour former et qui va assumer les coûts ?

Le renforcement des compétences a forcément une conséquence : le temps de formation. Entre le PSE1, le PSE2 et le SSA, on arrive à un minimum de 98 heures de formation lorsque les formations sont réalisées dans les durées minimales prévues. Cela représente près de trois semaines de formation à temps plein, sans compter les autres temps nécessaires à l’organisation et à l’évaluation. Pour la FFMNS, il faut donc être cohérent : si nous voulons des surveillants-sauveteurs mieux formés, il faut accepter le temps nécessaire pour les former correctement. Mais cette augmentation du temps de formation et de son coût soulève une question importante :

Ne risque-t-on pas de faire diminuer le nombre de personnes pouvant devenir SSA ?

Et si le nombre de SSA diminuait fortement, quelles seraient les conséquences pour les collectivités, les employeurs et les surveillances de baignade ?

Avons-nous déjà connu ce scénario ?

La FFMNS souhaite rappeler l’histoire récente de notre profession. Avant 1985, environ 1 500 diplômes de maître-nageur étaient délivrés chaque année. Avec la disparition du diplôme de MNS et l’arrivée du BEESAN, le nombre de diplômés a fortement diminué, pour atteindre environ 350 diplômés par an pendant les cinq premières années. Cette diminution a créé un véritable manque de professionnels sur le terrain. C’est notamment dans ce contexte que le BNSSA, qui avait initialement été conçu pour répondre à des besoins de surveillance et de sauvetage spécifiques, a progressivement pris une place importante autour des bassins. Cette histoire doit nous servir de leçon.

Le nouveau SSA risque-t-il de reproduire le même phénomène ?

Aujourd’hui, la réforme du SSA augmente également le niveau de formation et le nombre d’heures nécessaires. C’est une bonne chose si cela permet de mieux former les surveillants-sauveteurs. Mais si le coût et la durée deviennent trop importants pour les candidats, ne risque-t-on pas de créer une diminution importante du nombre de SSA disponibles ?

Et si cette diminution se produit :

Qui surveillera les baignades ?

Les collectivités et les employeurs disposeront-ils de suffisamment de surveillants-sauveteurs ?

Ne risque-t-on pas de reproduire le déséquilibre que nous avons déjà connu avec la disparition du diplôme de MNS et l’arrivée du BEESAN ?

La réforme du BNSSA vers le SSA doit donc être observée avec attention. Il ne faudrait pas créer, par une volonté légitime d’améliorer la formation, une pénurie de surveillants-sauveteurs qui conduirait ensuite à rechercher dans l’urgence des solutions moins exigeantes.

Faudra-t-il demain créer un nouveau diplôme ? C’est la question que la FFMNS pose dès aujourd’hui.

Si le SSA devient trop long et trop coûteux pour répondre aux besoins de surveillance des baignades, faudra-t-il demain créer un nouveau diplôme, avec moins de 50 heures de formation, pour surveiller et secourir les baigneurs et à partir de 16 ans?

Ce serait un paradoxe. Nous aurions d’un côté renforcé les exigences du SSA pour améliorer la sécurité et, de l’autre, nous serions contraints de créer une nouvelle qualification plus courte pour répondre au manque de personnel. Pour la FFMNS, il vaut mieux anticiper aujourd’hui les conséquences de la réforme plutôt que devoir les corriger demain dans l’urgence. L’objectif doit être double : former mieux, tout en garantissant un nombre suffisant de professionnels pour assurer la sécurité des baigneurs. Le niveau en natation doit rester à la hauteur des responsabilités. La FFMNS est également préoccupée par l’évolution des exigences d’entrée en formation.

Le nouveau BPJEPS NAA prévoit notamment un 400 mètres nage libre en 8 minutes maximum. Le temps demandé est donc moins exigeant que celui prévu actuellement dans le BPJEPS AAN. Pour un sauvetage en piscine c’est assez, mais en milieu naturel?

Pour un professionnel qui sera chargé de surveiller, prévenir, sauver et secourir, cette évolution mérite d’être questionnée. Il ne s’agit pas de mettre en place une sélection sportive excessive. Il s’agit simplement de s’assurer que le niveau physique et technique demandé à l’entrée est cohérent avec les responsabilités du futur maître-nageur sauveteur. Changer les épreuves ne doit pas faire baisser le niveau. Le nouveau BPJEPS NAA fait évoluer la manière d’évaluer les candidats. Les compétences sont davantage évaluées au travers de situations professionnelles et de blocs de compétences. Cette évolution peut être intéressante. Mais changer la manière d’évaluer ne doit pas conduire à diminuer le niveau d’exigence. Les compétences fondamentales de natation, de surveillance, de sauvetage et de secours doivent être clairement définies et réellement maîtrisées par chaque professionnel diplômé. La question que pose la FFMNS est donc simple :

Quel niveau de compétence voulons-nous garantir à chaque nouveau maître-nageur sauveteur ?

Un diplôme d’État doit rester sous la responsabilité de l’État!

Cette question est essentielle pour la FFMNS. Notre Fédération s’est historiquement battue pour la reconnaissance d’un diplôme d’État de maître-nageur depuis 1929, notamment en 1951. Pourquoi cette exigence était-elle importante ? Parce que le métier de maître-nageur sauveteur touche directement à la sécurité et à la protection du public. La formation doit donc être exigeante. Mais elle doit également rester encadrée et contrôlée par l’État. La FFMNS est favorable au développement des organismes de formation et à une offre de formation de qualité. Mais nous refusons qu’un diplôme d’État puisse devenir une simple succession de formations dont le développement serait essentiellement guidé par une logique commerciale, sans contrôle suffisant de l’État sur le niveau réellement délivré.

Former plus ne signifie pas nécessairement former mieux.

L’objectif doit être de former mieux, avec des exigences clairement définies, des compétences réellement évaluées et un contrôle de l’État garantissant l’homogénéité du diplôme sur l’ensemble du territoire. Les futurs maîtres-nageurs sauveteurs doivent pouvoir avoir confiance dans la valeur de leur diplôme. Les employeurs doivent également pouvoir avoir la certitude qu’un titulaire du BPJEPS NAA possède réellement les compétences correspondant à ses responsabilités.

Un diplôme d’État doit être construit avec tous les acteurs!

Le BPJEPS NAA est un diplôme qui prépare à un métier d’éducation et de sécurité aquatique. Le maître-nageur sauveteur enseigne les nages, participe à la prévention des noyades, assure la surveillance et intervient pour sauver et secourir.

Il ne s’agit donc pas simplement d’un métier sportif. La mission première du MNS est la protection du public. Et l’enjeu est majeur : en France, la noyade est la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les moins de 25 ans. (santé publique France)

Combien de maîtres-nageurs sauveteurs sont réellement employés par la Fédération Française de Natation ?

L’article 9 du nouvel arrêté prévoit par ailleurs que l’avis du directeur technique national de la Fédération Française de Natation, ou de son représentant, intervient dans le cadre de l’habilitation des organismes de formation. La FFMNS considère que ce rôle doit s’inscrire dans une concertation équilibrée et sous l’autorité de l’État. Elle ne peut être juge et partie!

Les autres BPJEPS des disciplines sportives sont souvent construits en lien étroit avec les fédérations sportives et leurs clubs, qui constituent une partie importante des employeurs de ces professionnels.

Mais quelle est la situation pour les maîtres-nageurs sauveteurs ?

Les principaux employeurs des MNS sont notamment les collectivités territoriales et les établissements aquatiques. Leur expertise et leurs besoins doivent donc être pleinement pris en compte dans la construction du diplôme.

Un diplôme d’État ne doit pas être construit sous l’influence exclusive d’une seule fédération sportive!

Une concertation pas réellement représentative

La construction du BPJEPS NAA doit associer l’ensemble des acteurs concernés : professionnels, employeurs, collectivités territoriales, organismes de formation, représentants du handicap, Éducation nationale et fédérations concernées.

La FFMNS regrette notamment que certains acteurs importants n’aient pas été suffisamment représentés lors des réunions de travail, notamment le secteur du handicap et l’Éducation nationale.

Il doit être construit avec l’ensemble des acteurs qui connaissent le métier, ses contraintes et ses responsabilités.

La position de la FFMNS :

La FFMNS soutient les évolutions qui permettent de mieux former les futurs maîtres-nageurs sauveteurs. Nous saluons notamment :

  • le PSE2 obligatoire à l’entrée du BPJEPS ;
  • le renforcement du SSA sur la prévention, la sécurité et l’hygiène ;
  • la reconnaissance des compétences des formateurs SSA ;
  • une meilleure prise en compte des réalités professionnelles.

Mais nous resterons vigilants sur le niveau réel des compétences exigées, notamment sur le savoir nager, en sauvetage et en secours, ainsi que sur les conditions dans lesquelles les formations seront dispensées et contrôlées.

Notre position est simple :

  • Oui à des formations exigeantes.
  • Oui à des organismes de formation de qualité.
  • Oui à l’évolution des méthodes d’évaluation.
  • Oui, mais avec un contrôle réel de l’État.

Et surtout, jamais au détriment du niveau de compétence et de la sécurité de la population!

La FFMNS a défendu depuis 1951 la reconnaissance et la valeur du diplôme de maître-nageur sauveteur. Cette exigence reste aujourd’hui plus que jamais d’actualité. Le maître-nageur sauveteur est avant tout un professionnel de l’enseignement des nages, de la prévention et la sécurité aquatique. C’est cette responsabilité qui doit rester au cœur de toute réforme de sa formation.